"La révolution ne vient pas remplir une nécessité esthétique,
mais solutionner une série de problèmes d'ordre social qui sont posés."
Juan Garcia Oliver, juin 1936
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LES MÉMOIRES DE GARCIA OLIVER SALISSENT LE PARQUET DE L'ESTABLISHMENT LIBERTAIRE ( MARS 2016)
Les éditions Le Coquelicot ont édité récemment les mémoires de Juan Garcia Oliver. Inédit en français, l’ouvrage avait déjà mis les pieds dans le plat du landerneau libertaire de l’époque en 1978 à sa parution en espagnol. Ouvrage visiblement "maudit", personne ne s’attaqua à sa traduction en vue d’une parution dans l’hexagone. 37 ans ont donc passé avant qu’un petit éditeur toulousain, ayant fait de la parution de témoignages inédits sur la révolution et la guerre d’Espagne son crédo, ne s’en empare. La réaction ne se fit pas attendre. Et comme lors de la sortie des mémoires de Cipriano Méra chez le même éditeur, les professeurs bêlants sortirent leur collection de couteaux. Cette fois-ci, ce sont les professeurs rouges et noirs issus de 2 CNT (SO et FR... il paraît qu’il y en aurait 3 voir plus de CNT !!!) qui nous font la leçon. Il faut aller voir sur le site de la CNTSUB RP et celui d’Un Autre Futur pour y lire l’intégralité de leurs diatribes (dont l’image ci-dessous donne un aperçu). Ces deux CNT s’y raccommodent en arrachant de concert les pétales du Coquelicot qui a commis le crime suprême de traduire et d’éditer le livre maudit... A chacun de juger sans la voix des "grands prêtres" en lisant soi-même Garcia Oliver. On peut ne pas partager ses idées et ses actes, son témoignage est capital. 25€, 640 pages, disponible en librairie ou sur commande sur le site de l’éditeur.
Le coquelicot




RECENSION SUR LE LIVRE DE CIPRIANO MERA
PAR SYLVAIN BOULOUQUE ( NOV 2012 )
L ’ O F F I C E  U N I V E R S I TA I R E 
D E  R E C H E R C H E  S O C I A L I S T E

12 CITÉ MALESHERBES / 7 5 0 0 9 P A R I S

DANS L'OURS N° 422 :

Cipriano Mera, cet anarchiste en uniforme, est une des figures de l’insurrection libertaire de 1936. Moins connu que son homologue barcelonais Durruti car ayant défendu la région de Madrid, il a joué sur le Front un rôle essentiel. Mera a tenu un carnet de notes quasi quotidiennes, carnet égaré et sauvé par ses anciens compagnons avant de lui être remis.
Né en 1897, dans une famille ouvrière madrilène, il commence sa carrière syndicale dans les rangs de l’UGT avant de passer à la CNT au début des années 1930. Syndicaliste libertaire insurrectionnel, il est en prison lors du soulèvement militaire de juillet 1936. Libéré, Mera qui a rejoint les miliciens est désigné comme délégué militaire. Très vite, il devient commandant d’unité et cherche à imposer une discipline de fer, plus rigoureuse que celle des militaires. Paradoxal comme le sont souvent les libertaires, Mera au nom de l’efficacité accepte la militarisation des milices et le principe du commandement. Devenu commandant, il participe à la défense de Madrid, remportant plusieurs victoires décisives. Le témoignage de Mera est exceptionnel car dans les derniers jours de la guerre, il tente avec ses compagnons de renverser la situation contre les communistes. Plutôt que de voir livrer Madrid à Franco, il crée un nouvelle organisme, le Conseil national de défense, cherchant à imposer les conditions de paix. Negrin et le PC refusent. Une nouvelle guerre civile dans la guerre civile éclate. Mera montre que contrairement à la légende il n’a pas dégarni le front, même s’il n’empêche pas la chute de la capitale. Il suit le sort de milliers de réfugiés espagnols : camp d’internement, prison, exil avec l’espoir de revoir sa terre.

Sylvain Boulouque

LES COMITÉS DE DÉFENSE DE LA CNT.
PROTAGONISTES DES BARRICADES DE BARCELONE
EN JUILLET 36 ET EN MAI 37

[Texte de la présentation du livre "Les comités de défense de la CNT à Barcelone (1933-1938)", publié en espagnol, réalisée le 3 décembre 2011, Salle du Sénéchal à Toulouse].

 
1. Introduction
La thèse fondamentale du livre Barricades à Barcelone (traduit en français à Spartacus, 2009) affirme que l’idéologie d’unité antifasciste a conduit la CNT à accepter le programme politique de la bourgeoisie républicaine et par conséquent à collaborer avec l’État capitaliste, en ayant pour seul objectif celui de gagner la guerre contre le fascisme, en renonçant au préalable à tout programme révolutionnaire.
La situation révolutionnaire en juillet 36 se caractérisait par un pouvoir atomisé en multiples comités révolutionnaires, qui fut asphyxié par le Comité Central des Milices (CCMA), qui ne fut qu’un organisme de collaboration de classes, et qui a vu le jour parce que la CNT a renoncé à prendre le pouvoir.
L’idéologie antifasciste et la participation de la CNT au pouvoir à divers niveaux, responsabilités municipales, ministères de la Généralitat (gouvernement autonome de Catalogne) et même ministères du gouvernement central, ont créé une bureaucratie de comités supérieurs, ayant des intérêts distincts et opposés à ceux des comités révolutionnaires qui s’étaient créés dans les quartiers de Barcelone. Alors que pour les comités supérieurs tout dépendait de la victoire militaire sur le fascisme, les comités de quartier continuaient à faire ondoyer le drapeau du programme de la révolution ouvrière.
Le processus d’institutionnalisation de ces comités supérieurs de la CNT-FAI en a fait des serviteurs de l’État qui considéraient les comités révolutionnaires de quartier comme leurs pires ennemis. La thèse naïve et simpliste qui divise les leaders anarcho-syndicalistes en traitres et en héros, comme si la masse militante était amorphe et sans volonté, n’explique rien. L’affrontement entre les comités supérieurs et les comités révolutionnaires a été un chapitre de plus de la lutte de classes, qui a été sur le point de se terminer par une scission, que la répression sélective stalinienne a finalement  résolue par l’anéantissement des révolutionnaires et l’intégration des comités supérieurs dans l’appareil de l’État.
Dans le livre Les Comités de Défense de la CNT (en espagnol à Aldarull, 2011), j’essaie d’expliquer ce qu’étaient ces comités de défense, comment ils ont vaincu l’armée dans les rues de Barcelone les 19 et 20 juillet, comment ils se sont transformés en comités révolutionnaires, comment ils se sont affrontés aux comités supérieurs libertaires, comment ils se sont affrontés au stalinisme en mai 1937. J’essaie également d’expliquer leur évolution postérieure jusqu’à leur dissolution définitive.

2. Qu’était un Comité de défense (CD) ?
Les comités de défense étaient l’organisation militaire clandestine de la CNT, financés par les syndicats de la CNT et leur action était assujettie à ces derniers.
En octobre 1934, le Comité National des Comités de Défense a abandonné la vieille tactique des groupes d’actions pour une préparation révolutionnaire sérieuse et méthodique. Il a élaboré un rapport où il affirmait :
"Il n’y a pas de révolution sans préparation. Il faut en finir avec le préjugé des improvisations. Cette erreur, qui est de croire en l’instinct créateur des masses, nous a coûté très cher. On n’obtient pas, comme par génération spontanée, les moyens de guerre nécessaires pour combattre un État qui a de l’expérience, qui est fortement armé et qui a une plus grande capacité offensive et défensive”.
Le groupe de défense de base devait être constitué de peu de personnes, pour faciliter la clandestinité. Il devait être formé de six militants ayant des fonctions spécifiques :

. Un secrétaire, chargé du contact avec d’autres groupes de défense, de la création de nouveaux groupes et de l’élaboration des rapports.
. Un deuxième militant chargé d’enquêter sur les personnes, d’évaluer le danger des ennemis, tout particulièrement des curés, des militaires et des pistoleros du patronat.
. Un troisième militant se chargeait de repérer les bâtiments, de tracer des plans et d’élaborer des statistiques.
. Un quatrième militant étudiait les points stratégiques et tactiques de la lutte dans les rues.
. Un cinquième se consacrait à l’étude des services publics : électricité, eau, gaz, égouts.
. Et un sixième militant était chargé de trouver des armes, de l’argent et du ravitaillement.

Six était un nombre idéal, mais certains membres pouvaient s’y rajouter pour accomplir des tâches “relativement importantes”. La clandestinité devait être absolue. C’étaient les noyaux de base d’une armée révolutionnaire, capable de mobiliser des groupes secondaires plus nombreux, et ces derniers de mobiliser le peuple dans son ensemble.
Le cadre où chaque groupe de défense devait agir était bien délimité dans chaque quartier et signalée sur un plan de la ville. Le Comité de défense du quartier coordonnait tous ces cadres de défense et recevait un rapport mensuel de chaque secrétaire de groupe.
L’organisation des comités de défense à l’échelle régionale et nationale comprenait entre autres les secteurs de travailleurs des chemins de fer, les conducteurs d’autocar, les travailleurs de la compagnie téléphonique et du télégraphe, les facteurs et enfin, tous ceux qui, par les caractéristiques de leur profession ou organisation, sont présents au niveau national, en soulignant l’importance des communications dans une insurrection révolutionnaire. Une attention toute spéciale était donnée au travail d’infiltration et de propagande pour gagner des sympathisants dans les casernes.
Les comités de défense avaient deux fonctions essentielles : les armes et l’intendance, dans le sens le plus large.
Les Comités de Défense pouvaient être considérés comme la continuité, la réorganisation et l’extension des groupes d’action et d’auto-défense armée des années du pistolérisme (1917-1923).

3. Comment est-on passé des groupes d’action aux comités de défense ?
Les groupes anarchistes Indomables (indomptables), Nervio (Nerf), Nosotros (Nous), Tierra libre (Terre libre) et Germen (Germe), ont fondé à Barcelone le Comité Local de Préparation Révolutionnaire en janvier 1935 à la réunion plénière de la Fédération des Groupes Anarchistes de Barcelone.
Dans un contexte historique vraiment effrayant, la montée du fascisme en Italie, du nazisme en Allemagne, du stalinisme dans la soi-disant Union Soviétique, de la dépression économique avec un chômage massif et permanent aux États-Unis et en Europe, le rapport élaboré à cette réunion plénière présentait l’espoir du prolétariat révolutionnaire.
Ce rapport disait : « Face à la faillite universelle des idées, des partis, des systèmes, il ne reste que le prolétariat révolutionnaire avec son programme de réorganisation des bases du travail, de la réalité économique et sociale et de la solidarité ».
Ce rapport critiquait la vieille tactique de la gymnastique révolutionnaire (LE FAIT DE S’ENTRAÎNER À LA PRATIQUE INSURRECTIONNELLE) et les insurrections improvisées de janvier et de décembre 1933 de cette façon:
« La révolution sociale ne peut être interprétée comme un coup audacieux, dans le style des coups d’État du jacobinisme, elle sera la conséquence et le résultat du dénouement d’une guerre civile inévitable et dont on ne peut prévoir la durée ».
18 mois avant le 19 juillet, la préparation révolutionnaire en vue d’une longue guerre civile devait faire face à de nouveaux défis, impensables pour la vieille tactique des groupes de choc. Le rapport disait :
« Comme il est impossible de disposer à l’avance des stocks d’armes nécessaires à une lutte soutenue, il faut que le Comité de Préparation étudie la façon de transformer, dans certaines zones stratégiques, les industries […] en industries pouvant fournir du matériel de combat pour la révolution».
Là est l’origine de la Commission des industries de guerre, constituée le 7 août 1936 et qui a constitué, du néant le plus absolu, une puissante industrie de guerre grâce aux efforts des travailleurs coordonnés par les militants de la CNT Eugenio Vallejo, travailleur de la métallurgie, Manuel Martí, du syndicat du secteur chimique et Mariano Martín, même si plus tard ce sont des politiciens bourgeois comme Josep Tarradellas qui s’en sont appropriés le succès.
Des groupes d’action et de choc d’avant 1934, pratiquant la gymnastique révolutionnaire, on était passé à la formation de comités d’information et de combat, considérés comme les cellules de base d’une armée révolutionnaire capable de vaincre l’armée et de mener une guerre civile.

4. Les anarchistes pouvaient-ils prendre le pouvoir ?
Au cours des six premiers mois de 1936, le groupe Nosotros s’est affronté aux autres groupes de la FAI en Catalogne dans des débats très durs sur deux conceptions fondamentales, à un moment où l’on savait pertinemment que les militaires se préparaient à un coup d’État sanglant. Ces deux concepts étaient « la prise du pouvoir » et « l’armée révolutionnaire ». Le pragmatisme du groupe Nosotros, plus préoccupé par les techniques insurrectionnelles que par les tabous, se heurtait de plein front aux préjugés idéologiques des autres groupes de la FAI, c’est-à-dire qu’il se heurtait au refus de ce que ces groupes qualifiaient de « dictature anarchiste » et il se heurtait  à leur profond antimilitarisme, eux qui subordonnaient tout à la spontanéité créative des travailleurs.
Ce net rejet des « pratiques anarcho-bolcheviques » du groupe Nosotros s’est largement reflété dans la revue Más Lejos (Plus Loin) qui publia les réponses à une enquête qu’elle avait réalisée dans son premier numéro, en avril 1936, et où les lecteurs devaient répondre à deux questions sur l’acceptation ou le refus de l’abstentionnisme électoral et à une troisième question sur la prise du pouvoir ainsi formulée : « Les anarchistes peuvent-ils, suivant les circonstances, et en faisant fi du moindre scrupule, se disposer à la prise du pouvoir, de n’importe quelle façon, afin d’accélérer le rythme de sa marche vers la réalisation de l’Anarchie ? »
Pratiquement tout le monde a répondu négativement. Mais aucune réponse ne proposait d’alternative pratique à ce refus généralisé de la prise du pouvoir. Théorie et pratique anarchistes semblaient en plein divorce, à la veille du coup d’État militaire.
À la réunion plénière des Groupes Anarchistes de Barcelone de juin 1936, García Oliver défendit que l’organisation des groupes de défense, coordonnés en comités de défense de quartier, à Barcelone, était le modèle à suivre, en l’étendant à l’ensemble du territoire espagnol, et en coordonnant cette structure au niveau régional et national, pour constituer une armée révolutionnaire du prolétariat. Cette armée devait être complétée par la création d’unités de guérillas de cent hommes. De nombreux militants se sont opposés aux conceptions de García Oliver, bien plus enclins à la spontanéité des travailleurs qu’à l’organisation révolutionnaire disciplinée. Les convictions antimilitaristes de nombreux groupes d’affinité entraînèrent un refus quasi unanime des thèses du groupe Nosotros, et particulièrement de celles de García Oliver.

5. Comment ces Comités de Défense se sont-ils transformés en Milices Populaires et en Comités révolutionnaires de quartier ?
Le 19 juillet 1936, la garnison militaire de Barcelone comprenait environ six mille hommes, face aux presque deux mille de la Guardia de Asalto (Garde d’assaut) et aux deux cents « mossos d’escuadra » (police catalane). La Guardia Civil, dont personne ne savait avec certitude en faveur de qui elle se décanterait, comptait sur environ trois mille hommes. La CNT-FAI était formée d’environ vingt mille militants, organisés en comités de défense de quartier, prêts à prendre les armes. Elle s’engageait, devant la commission de liaison de la CNT avec la Generalitat et les militaires loyaux à la République, à arrêter les factieux avec seulement mille militants armés.
Ces groupes de défense subirent une double transformation en donnant d’une part les milices populaires qui ont constitué au cours des premières journées le front d’Aragon qui instaura la collectivisation des terres dans les villages d’Aragon libérés ; et, d’autre part, les comités révolutionnaires qui, dans chaque quartier de Barcelone, et dans chaque village de la Catalogne, ont imposé un « nouvel ordre révolutionnaire ». Comme les milices populaires et les comités révolutionnaires provenaient tous deux des groupes de défense, ils furent toujours très unis et en interaction. Ces comités locaux, dans certains villages, étaient le fruit du rapport de forces existant dans chaque localité, et parfois ils pouvaient être purement front populiste, sans aucune aspiration révolutionnaire.
Les comités révolutionnaires assumaient une importante tâche administrative, très variée, de l’émission de bons, de tickets pour la nourriture, de sauf-conduits, de laissez-passer, l’approvisionnement et l’entretien des hôpitaux à l’expropriation de la nourriture, des meubles et des bâtiments, le financement des écoles rationalistes et des ateneos (centres culturels) gérés par les Jeunesses Libertaires, la paie des miliciens ou de leur famille, etc.

6. Les Comités de Défense se sont transformés, à Barcelone, en comités révolutionnaires de quartier
Le vrai pouvoir exécutif était dans la rue, c’était le pouvoir du prolétariat en armes, exercé par les comités locaux, de défense et de contrôle ouvrier, qui expropriaient spontanément les usines, les ateliers, les immeubles et les propriétés ; qui organisaient, armaient et menaient au front les groupes de miliciens volontaires qu’ils venaient de recruter ; qui brûlaient les églises ou les transformaient en écoles ou en magasins ; qui formaient des patrouilles pour étendre la guerre sociale ; qui protégeaient les barricades, véritables frontières de classe contrôlant les allées et venues et représentant le pouvoir des comités ; qui faisaient fonctionner les usines, sans maîtres ni dirigeants, ou qui les transformaient en usines de guerre ; qui réquisitionnaient les voitures et les camions ou la nourriture pour les comités d’approvisionnement ; qui « promenaient » (liquidaient) les bourgeois, les fascistes et les curés ; qui percevaient les impôts révolutionnaires ou qui finançaient des travaux publics pour réduire le chômage ; qui substituaient les mairies républicaines totalement obsolètes en imposant partout leur autorité absolue dans tous les domaines, en ignorant les ordres de la Generalitat et du Comité Central des Milices Antifascistes (CCMA). La situation révolutionnaire se caractérisait par une atomisation du pouvoir.
À Barcelone, les comités de défense, transformés en comités révolutionnaires de quartier, n’ont suivi les consignes d’aucune organisation, quelle qu’elle soit et ont pris les initiatives que chaque situation exigeait. Ils ont organisé les hôpitaux, débordés par l’avalanche de blessés, ils ont créé des cantines populaires, ils ont réquisitionné des voitures, des camions, des armes, ils ont exproprié des usines, des immeubles, ils ont détenu des suspects et ont créé un réseau de Comités d’approvisionnement dans chaque quartier, qui se sont coordonnés en un Comité Central d’Approvisionnement de la ville, au sein duquel le Syndicat de l’Alimentation de la CNT a joué un grand rôle. La contagion révolutionnaire touchait tous les secteurs sociaux et toutes les organisations, qui se décantaient sincèrement en faveur de la nouvelle situation révolutionnaire. Cela a été la seule force réelle du Comité Central des Milices, qui apparaissait aux yeux du prolétariat armé comme l’organisme antifasciste qui devait diriger la guerre et imposer le nouvel ordre révolutionnaire.
Le 21 juillet, une séance plénière des syndicats locaux et régionaux avait renoncé à la prise du pouvoir, comprise comme une dictature des leaders anarchistes, et non point comme l’imposition, la coordination et l’extension du pouvoir que les comités révolutionnaires exerçaient déjà dans la rue. Fut décidée la création d’un Comité Central des Milices Antifascistes, ORGANISME DE COLLABORATION DE CLASSES, formé par l’ensemble des organisations antifascistes.
Le 24 juillet a lieu le départ des deux premières colonnes anarchistes dirigées l’une par Durruti et l’autre par Ortiz. Durruti prononça un discours à la radio où il prévenait qu’il fallait être vigilant face aux tentatives contre-révolutionnaires. Il fallait contrôler la situation révolutionnaire à Barcelone et aller « jusqu’au bout » après la prise de Saragosse.
À la Réunion plénière régionale du 26, il fut confirmé à l’unanimité que la CNT maintiendrait la même position que celle défendue le 21 juillet, celle de participer à l’organisme de collaboration de classes appelé CCMA. Lors de cette réunion du 26 fut créée une Commission d’Approvisionnement, dépendante du CCMA, à laquelle devaient se soumettre les différents comités d’approvisionnement qui avaient surgi un peu partout, et en même temps l’arrêt partiel de la grève générale fut aussi exigé. Le résumé des principaux accords qui se sont conclus à cette réunion plénière fut publié sous forme d’arrêté pour qu’il soit connu de tous et respecté.
Le Comité Central d’Approvisionnement était une institution fondamentale qui jouait un rôle indispensable par rapport aux ouvriers volontaires qui quittaient leur poste de travail pour aller combattre le fascisme en Aragon : assurer en leur absence la nourriture de leurs familles qui ne percevraient plus le salaire hebdomadaire avec lequel elles vivaient.
Ainsi, les comités révolutionnaires de quartier, à Barcelone, étaient formés de deux sections : la section de défense et la section d’approvisionnement, qui répondaient aux deux besoins essentiels du moment : les armes et la nourriture.

7. Qu’étaient les Patrouilles de Contrôle ?
Entre le 21 juillet et la mi-août 36, les patrouilles de contrôle se sont constituées comme police « révolutionnaire » qui dépendait du Comité Central des Milices Antifascistes (CCMA).
Seule la moitié environ de ceux qui faisaient partie des patrouilles de contrôle possédait la carte de la CNT ou faisait partie de la FAI ; l’autre moitié était affiliée aux autres organisations formant le CCMA : fondamentalement le POUM, Esquerra Republicana de Cataluña (ERC) et le PSUC. Sur les onze délégués de section, il n’y en avait que quatre de la CNT : ceux de Pueblo Nuevo, Sants, San Andrés (Armonía) et Clot : quatre étaient de ERC, trois du PSUC et aucun du POUM.
Les patrouilles de Contrôle dépendaient du Comité d’Enquête du CCMA, dirigé par Aurelio Fernández (FAI) et Salvador González (PSUC). Sa section centrale était dirigée par deux délégués de Patrouilles, José Asens (FAI) et Tomás Fábrega (Acció Catalana). Le salaire des membres des patrouilles, de dix pesetas par jour, était payé par la Generalitat. [...].

8. Quel a été le bilan du Comité Central des Milices Antifascistes ?
Le 26 septembre fut formé un gouvernement de la Generalitat auquel participaient des « consellers » -des ministres- anarchistes. Le 1er octobre, le CCMA fut dissous.
Les décrets du 9 et 12 octobre déclarèrent que tous les comités locaux qui avaient surgi le 19 juillet étaient dissous et qu’ils devaient être remplacés par de nouvelles mairies. La résistance des militants de la CNT, qui ne faisaient aucun cas des consignes des comités supérieurs ou des ordres du gouvernement de la Generalitat, menaça le pacte antifasciste. Les dirigeants anarchosyndicalistes subissaient la pression de leurs militants qui n’avaient aucune envie de leur obéir et celle des forces antifascistes qui leur exigeaient de respecter et de faire respecter les décrets du gouvernement et de faire entendre raison aux « incontrôlés ».
Voilà quel était le véritable bilan du CCMA après neuf semaines d’existence : la dissolution des comités révolutionnaires locaux qui exerçaient tout le pouvoir dans la rue et les usines en faveur du rétablissement complet du pouvoir de la Generalitat. Il faut ajouter au bilan désastreux du CCMA les décrets signés le 24 octobre sur la militarisation des Milices et le décret sur les Collectivisations, c’est-à-dire la suppression des Milices ouvrières formées de volontaires révolutionnaires et leur transformation en armée bourgeoise classique. Et d’autre part, la transformation des expropriations et du contrôle des usines par le prolétariat en une économie tendant à être entièrement contrôlée et dirigée par la Generalitat.

9. L’hibernation des comités de défense en décembre 1936 et leur réorganisation en mars 1937
Début décembre 1936, la Fédération Locale des Syndicats Uniques de la CNT de Barcelone a débattu du rôle que devaient jouer les comités de défense à Barcelone.
La Fédération Locale imposa une vision strictement syndicale, qui ne voyait pas d’un bon œil l’importance qu’avaient acquise, dans les quartiers, les comités de défense et les comités d’approvisionnement. Elle considérait que leurs fonctions, un fois conclue et l’insurrection révolutionnaire et l’étape immédiatement postérieure, étaient provisoires et qu’elles devaient désormais être assumées par les syndicats.
En décembre 1936, les comités de défense étaient une entrave pour la politique gouvernementaliste des comités supérieurs de la CNT ; ils devaient donc hiberner et se soumettre aux syndicats, comme simples appendices, quelque peu gênants et inutiles.
Ce qui était en jeu, c’était le degré d’autonomie des comités de défense de quartiers par rapport aux syndicats. Il y avait ceux qui pensaient que les Comités Locaux de Défense devaient avoir leur propre personnalité et être totalement indépendants, en les considérant comme LA MILICE DE LA CNT, alors que d’autres pensaient qu’ils devaient entièrement se soumettre aux décisions de la Fédération Locale des Syndicats qui non seulement devait discuter de la situation et décider de comment agir, mais devait en plus garder les armes, contrôler les hommes et financer les Comités de Défense.
Le problème fondamental, d’après le Comité Régional de Catalogne, était le refus généralisé de la consigne de désarmement, de telle sorte qu’il en est arrivé, selon ses propres mots, à constater que « les quartiers sont nos pires ennemis ». Les comités de défense entrèrent alors dans une période d’hibernation.
L’entrée de la CNT dans le gouvernement de la Generalitat avait entraîné, début octobre, la création d’une Assemblée de Sécurité Intérieure, qui se caractérisait par une dualité conflictuelle de pouvoir sur les forces de l’ordre entre la CNT et le gouvernement de la Generatitat. Les Patrouilles de Contrôle perdirent leur autonomie et leur pouvoir de décision, alors que le Commissariat de l’Ordre Public, contrôlé par le PSUC et ERC, voyait son pouvoir de coercition augmenter, grâce au renforcement des corps des Gardes d’Assaut et de la Garde Nationale Républicaine (ancienne Garde Civile).
À la fin du mois de janvier 1937, les miliciens du PSUC-UGT abandonnèrent les Patrouilles de Contrôle et furent substitués par des membres de la CNT, d’ERC et du POUM. La perspective de la fin des Patrouilles de Contrôle, remplacées par un nouveau Corps Unique de Sécurité, ce qui fut décrété le 4 mars 1937, entraînait la fin de l’hégémonie de la CNT sur les tâches policières et répressives à l’arrière.
Les syndicats comprirent qu’il fallait absolument réorganiser les comités de défense, dans les quartiers, pour organiser l’affrontement qui semblait alors inévitable.

10. Pourquoi le contrôle de l’approvisionnement a-t-il été perdu ? Que fut la « guerre du pain » ?
Le 20 décembre 1936, le stalinien Comorera, Conseller (Ministre) de l’Approvisionnement, prononça un discours important, en catalan, à Barcelone.
Comorera défendit le besoin d’un gouvernement fort, ayant pleins pouvoirs, capable de faire appliquer les décrets pour qu’ils ne restent pas lettre morte, comme cela avait été le cas avec le premier gouvernement Tarradellas, auquel avait participé Nin comme représentant du POUM. Un gouvernement fort, capable de mener à bien une politique militaire efficace, regroupant toutes les forces existantes sur le front.
Comorera attribuait le manque de nourriture et l’augmentation de son prix aux Comités de défense, et non au fait que les grossistes et les commerçants s’en accaparaient et spéculaient. C’était le discours qui justifiait et expliquait le mot d’ordre sur les pancartes et les tracts des manifestations de femmes fin 36, début 37 : « plus de pain et moins de comités », manifestations organisées et manipulées par le PSUC. C’était l’affrontement entre deux politiques d’approvisionnement opposées, celle du PSUC et celle du Syndicat de l’Alimentation de la CNT. Ce dernier, par le bais des treize magasins d’approvisionnements des quartiers, gardés par les comités révolutionnaires de quartier (ou plus exactement par leur section de défense) fournissait gratuitement de la nourriture aux cantines populaires où pouvaient se rendre les chômeurs et les membres de leurs familles. Il s’occupait également de centres d’attention aux réfugiés dont le nombre tournait autour de 220 000 personnes en avril 1937 à Barcelone. C’était un réseau d’approvisionnement qui faisait concurrence aux détaillants qui n’obéissaient qu’à la loi de l’offre et de la demande afin d’éviter surtout l’augmentation du prix des produits qui auraient été alors inaccessibles pour les travailleurs et, cela va de soi, pour les chômeurs et les réfugiés. Le marché noir était la grande affaire des détaillants qui faisaient bombance grâce à la faim de la majorité de la population. La guerre du pain de Comorera contre les comités d’approvisionnement de quartiers ne visait qu’à enlever aux comités de défense toute parcelle de pouvoir, même si cette guerre impliquait le désapprovisionnement de Barcelone et la pénurie alimentaire.
Comorera conclut son discourt par un appel à la responsabilité de toutes les organisations afin d’obtenir une forte unité antifasciste. Pour bien comprendre le discours de Comorera, il faut tenir compte de la stratégie, défendue par Gerö (LE DÉLÉGUÉ DE MOSCOU DANS LE PSUC), de mener une politique SÉLECTIVE par rapport au mouvement anarchiste, qui consistait à intégrer les dirigeants anarchistes dans l’appareil d’État, tout en réprimant de façon terrible les secteurs révolutionnaires qualifiés de façon infamante d’incontrôlés, de gangsters, d’assassins, d’agents provocateurs et d’irresponsables ; secteurs que Comorera identifiait très clairement aux comités de défense.
Les magasins d’approvisionnement des comités de quartier contrôlaient ce que les détaillants allaient recevoir comme marchandises et leur prix de vente au public, après que les besoins « révolutionnaires » du quartier aient été satisfaits, celui, donc, des malades, des enfants, des chômeurs, des cantines populaires, etc.
Comorera défendait le marché libre et la disparition de ces comités révolutionnaires de quartier. Il savait de plus qu’une chose allait de pair avec l’autre et que sans supprimer les comités de défense, le marché libre n’était que chimère.
Un approvisionnement rationnel, prévoyant et suffisant de Barcelone et de la Catalogne aurait signifié l’acceptation des prétentions du Conseller –ministre- de l’économie de la CNT, Fábregas, qui, entre le mois d’octobre et de décembre a bataillé inutilement, dans les réunions ministérielles de la Generalitat, pour obtenir le monopole du commerce extérieur, face à l’opposition des autres forces politiques. Pendant ce temps-là, sur le marché des céréales de Paris, dix ou douze grossistes se faisaient concurrence et faisaient monter les prix. Mais ce monopole du commerce extérieur, qui n’était même pas une mesure de caractère révolutionnaire, mais seulement une mesure adaptée à une situation urgente due à la guerre, allait à l’encontre de la philosophie du marché libre, défendue par Comorera.
Il y avait un lien entre les queues pour acheter du pain à Barcelone et la concurrence irrationnelle des grossistes sur le marché des céréales à Paris. Lien qui aurait été brisé avec le monopole du commerce extérieur. Avec la politique du marché libre de Comorera, ce lien s’est renforcé. Mais qui plus est, le PSUC a encouragé la spéculation des commerçants, qui ont implanté une véritable dictature sur le prix de tous les aliments, en s’enrichissant sur le dos des travailleurs affamés.

11. Comment et pourquoi ces Comités de Défense se sont-ils radicalisés en avril 37 ?
Le dimanche 11 avril, au meeting de l’arène de La Monumental de Barcelone, il y avait des pancartes qui exigeaient la liberté des nombreux prisonniers antifascistes, la plupart de la CNT. Federica Montseny (dirigeante de la CNT) fut huée et sifflée. Les cris favorables à la liberté des prisonniers redoublèrent. Les comités supérieurs accusèrent de « sabotage » le Regroupement des Amis de Durruti. Federica, très offensée, menaça de ne plus faire de meeting à Barcelone.
Le lundi 12 avril 1937 eut lieu à la Casa CNT-FAI une réunion plénière locale des Groupes Anarchistes de Barcelone, à laquelle assistèrent les groupes de Défense de la confédération et des Jeunesses Libertaires.
Le groupe 12, du quartier de Gracia, présenta une proposition par écrit qui disait :
« La réunion, qui a pris en compte, après une large discussion, les résultats de neuf mois de politique ministérielle, qui a constaté l’impossibilité de gagner la lutte armée sur les fronts contre le fascisme sans faire dépendre tous les intérêts particuliers, économiques, politiques et sociaux, de l’objectif suprême de la guerre, qui considère que seule la socialisation totale de l’industrie, du commerce et de l’agriculture permet d’écraser le fascisme, qui considère que n’importe quelle forme de gouvernement est par essence réactionnaire, et donc opposée à la révolution sociale a décidé de :

1.      Retirer tous les hommes qui occupent actuellement une place dans les instances antifascistes gouvernementales.
2.      S’engager à constituer un comité révolutionnaire antifasciste pour coordonner la lutte armée contre le fascisme.
3.      Socialiser immédiatement l’industrie, le commerce et l’agriculture.
4.      Implanter une carte de producteur, (carte de rationnement prétendant favoriser les travailleurs au détriment des rentiers et des bourgeois). Mettre en route la mobilisation générale de tous les hommes capables de manier une arme et les instruments de travail sur le front et à l’arrière.
5.      Et enfin, faire sentir à tout le monde le poids inflexible de la discipline révolutionnaire pour bien montrer que l’on ne plaisante pas avec les intérêts de la révolution sociale ».
La bureaucratie s’était vue débordée par cette réunion. À cette réunion plénière étaient intervenus les Comités de Défense de Barcelone, ou ce qui revient au même, la délégation des comités révolutionnaires de quartier, ainsi que les Jeunesses Libertaires, qui radicalisèrent, sans aucun doute, les accords qui avaient été pris.
Et cette FAI de Barcelone, avec les sections de défense des comités révolutionnaires de quartier et les Jeunesses Libertaires, malgré la scandaleuse et hystérique opposition de certains bureaucrates, avait décidé d’en finir avec le collaborationnisme, de retirer les ministres anarchistes du gouvernement de la Generalitat et de constituer un Comité révolutionnaire qui dirigerait la guerre contre le fascisme. C’était un pas décisif vers l’insurrection révolutionnaire qui éclata le 3 mai 1937.
La réunion plénière constatait, d’autre part, qu’il y avait un fossé idéologique, pas tant entre la CNT et la FAI, mais entre révolutionnaires et collaborationnistes pouvant aboutir à une scission organisationnelle au sein du mouvement libertaire et qui se manifestait par l’opposition croissante entre les comités de quartier, certains groupes anarchistes et les Jeunesses Libertaires, d’une part, et les comités supérieurs, dont les objectifs étaient totalement différents, d’autre part.
Cette radicalisation était le fuit d’une situation de plus en plus insoutenable dans la rue. Le 14 avril, une manifestation de femmes, qui cette fois n’était pas manipulée par le PSUC, partit de La Torrassa (un quartier d’Hospitalet, banlieue de Barcelone de tradition anarchiste) pour parcourir les différents marchés des quartiers barcelonais de Collblanc, Sants et Hostafrancs, pour protester contre le prix du pain et de la nourriture en général. Cette manifestation s’adressa au Comité Révolutionnaire de la Place España pour qu’il intervienne dans l’affaire. Les manifestations et les protestations s’étendirent à presque tous les marchés de la ville. Plusieurs boutiques et plusieurs boulangeries furent pillées. Les quartiers ouvriers de Barcelone, affamés, étaient sortis dans la rue pour manifester leur indignation et pour exiger des solutions.

12. Quel rôle ont joué les Comités de Défense en mai 1937.
Le lundi 3 mai 1937, vers 14h45, trois camions de gardes d’assauts, armés jusqu’aux dents, s’arrêtèrent devant le siège de la centrale téléphonique, place Catalogne. Ils étaient dirigés par Eusebio Rodríguez Salas, militant du syndicat UGT, stalinien convaincu, responsable officiel du commissariat de l’ordre public. Le bâtiment de la centrale téléphonique avait été exproprié par la CNT le 19 juillet 1936.
Le contrôle des appels téléphoniques, la surveillance des frontières et les patrouilles de contrôle étaient le cheval de bataille qui, depuis janvier, avait provoqué divers incidents entre le gouvernement républicain de la Generalitat et la CNT.
Rodríguez Salas voulut prendre le bâtiment de la centrale téléphonique. Les militants de la CNT des premiers étages, pris par surprise, furent désarmés ; mais les militants de la CNT des étages supérieurs organisèrent leur résistance grâce à une mitraillette placée à un point stratégique. La nouvelle se répandit très rapidement. EN MOINS DE DEUX HEURES, des barricades furent dressées dans toute la ville.
On ne peut pas parler de réaction spontanée de la classe ouvrière de Barcelone, parce que la grève générale, les affrontements armés avec les forces de police et les barricades furent le fruit de l’initiative prise par les comités de défense, qui furent rapidement suivis vu le mécontentement généralisé, les problèmes financiers croissants de la population causés par la vie chère, les queues et le rationnement, et vu les tension chez les militants de base de la CNT entre les collaborationnistes et les révolutionnaires. La lutte dans les rues fut impulsée et menée par les comités de défense des quartiers, sans aucune intervention des COMITÉS SUPÉRIEURS.
Les comités de quartier déchaînèrent et dirigèrent l’insurrection du 3 au 7 mai 1937 à Barcelone. Et il ne faut pas confondre les comités de défense des quartiers avec une « spontanéité des masses » ambigüe et imprécise, dont parle l’historiographie officiel.
Andrés Nin, secrétaire politique du POUM, dans un article écrit le 19 mai 1937, en parle ainsi:« Les journées de mai à Barcelone ont fait revivre certains organismes qui, au cours de ces derniers mois, avaient joué un certain rôle dans la capitale catalane et dans certaines villes importantes : les Comités de Défense. Il s’agit d’organismes de type technico-militaire, formés par les syndicats de la CNT. Ce sont eux, en réalité, qui ont dirigé la lutte, et qui étaient, dans chaque quartier, le centre d’attraction et d’organisation des ouvriers révolutionnaires ».
Les Amis de Durruti n’ont pas initié l’insurrection, mais ils furent les combattants les plus actifs sur les barricades, ils distribuèrent un tract qui exigeait la substitution du Gouvernement de la Generalitat par une Junte Révolutionnaire. Les travailleurs de la CNT, désorientés par les ordres de « cessez-le-feu » de leurs dirigeants (les mêmes dirigeants que le 19 juillet ! ! !), abandonnèrent finalement la lutte bien qu’au début ils n’avaient fait aucun cas des appels à l’entente et à l’abandon de la lutte, sous prétexte d’unité antifasciste.

13. Comment furent dissous les Comités de Défense ?
Les comités révolutionnaires de quartier, à Barcelone, sont apparus le 19-20 juillet et ont perduré au moins jusqu’au 7 juin 1937, lorsque les forces de l’ordre restaurées de la Generalitat ont dissous et occupé les divers centres des Patrouilles de Contrôle, et en passant, plusieurs sièges des comités de défense, comme celui du quartier des Corts. Malgré le décret qui exigeait la disparition de tous les groupes armés, la plupart a résisté jusqu’en septembre 1937, lorsqu’ils furent systématiquement dissous et que les bâtiments qu’ils occupaient furent pris d’assaut, un par un. Le dernier siège, le plus important et le plus fort, fut le siège du comité de défense du Centre, aux Escolapios de San Antonio, qui fut pris d’assaut le 20 septembre 1937 par les forces de l’ordre public, avec tout un arsenal de mitrailleuses, de grenades, de tanks et de canons. Cependant, la résistance des Escolapios n’a pas pris fin à cause des coups de feu, mais parce que le Comité Régional leur donna l’ordre de déloger le bâtiment.
Dès lors, les Comités de Défense, camouflés sous le nom de Sections de coordination et d’information de la CNT, se consacrèrent exclusivement à des tâches clandestines d’enquêtes et d’information, comme avant le 19 juillet, mais à présent, en 1938, dans une situation nettement contre-révolutionnaire.
Ils eurent également une publication clandestine, Alerta... ! Entre octobre et décembre 1937, 7 numéros furent publiés. Ce qui revenait dans cette publication, c’était la solidarité avec les « prisonniers révolutionnaires » en exigeant leur libération ; l’information sur les abus staliniens à la Prison Modelo de Barcelone ;  la critique du collaborationnisme et la politisation de la FAI ; la dénonciation de la désastreuse politique de guerre du gouvernement Negrin-Prieto et de la prédominance stalinienne au sein de l’armée et des appareils de l’État. Dans cette publication, il y a eu des saluts fraternels envers les Jeunesses Libertaires et le regroupement Les Amis de Durruti. L’une des caractéristiques indélébiles de cette publication était les appels constants à la Révolution et à ce que les comités supérieurs abandonnent tous leurs postes parce que, disait-elle, :
« La révolution ne peut se faire depuis l’État, mais contre l’État ». Le dernier numéro, datant du 4 décembre, dénonçait les Tchekas staliniennes et la persécution brutale des militants de la CNT en Cerdagne.

14. Conclusion
En 1938, les révolutionnaires étaient sous terre, en prison ou dans la clandestinité la plus absolue. Ce n’est pas la dictature de Franco qui a mis un terme à la révolution, mais la République de Negrin.
Les révolutions sociales, les tentatives de réorganisation de la production et de la société sur de nouvelles bases, sont extrêmement rares dans l’histoire. Au-delà des circonstances dans lesquelles elles ont surgi, elles nous apportent toujours une expérience irremplaçable, tant par leur succès que par leur échec. Le grand enseignement de la révolution de 1936 a été le besoin incontournable de détruire l’État et de réprimer la contre-révolution. En reprenant la terminologie des Amis de Durruti : « les révolutions sont totalitaires ou sont défaites ».

Agustín Guillamon
            Traduit en Français par Eulogio Fernández

Chronique de Georges Ubbiali à propos du livre de Nils Lätt (août 2013)
Lätt Nils, Milicien et ouvrier agricole dans une collectivité en Espagne, Toulouse, Coquelicot, 2013, 71 p. , 8,5 €

Cet opuscule constitue la traduction d’une brochure publiée en suédois par un membre du SAC (le syndicat anarcho-syndicaliste), en 1938. Il s’agit du témoignage de ce militant de son engagement dans la révolution espagnole. Marin de métier, il décide dès la fin de l’année 36 de partir combattre en Espagne. Son récit se déroule en trois temps. Tout d’abord, il combat sur le front d’Aragon dans la colonne dirigée par Durutti. Puis, gravement blessé (il perd un œil), il est hospitalisé dans la région de Barcelone, au moment du soulèvement de mai 37 contre l’emprise stalinienne. Enfin, malgré son désir, ne pouvant plus combattre, il est affecté comme travailleur dans une collectivité agricole aragonaise. Son récit est clairement destiné au public ouvrier suédois, ainsi qu’en témoignent à plusieurs reprises des anecdotes sur la différence entre le sud et le Nord, par exemple sur la nourriture ou l’organisation de la vie sociale. Agrémenté de photographies, cette modeste brochure est enrichie de nombreux ajouts de notes par Marianne Enckell et Renato Simoni. On y apprend notamment que 520 volontaires suédois ont combattu en Espagne. Plusieurs d’entre eux, ont publié des témoignages, demeurés inédits en français à ce jour (il existe des versions allemandes). Nils Lätt lui-même, actif au sein du SAC jusqu’à la fin de sa vie, en 1988, a d’ailleurs publié post-mortem, en 1993, un livre de mémoires, dont on ne peut que souhaiter qu’il puisse être rapidement accessible au public français. Sans que ce témoignage apporte d’éléments franchement novateurs à ce que l’on connaît déjà sur ce qui s’est passé, il possède la fraîcheur d’un témoin oculaire, et évoque de manière directe et vivante un épisode cruciale de l’histoire du XXe siècle.
Georges Ubbiali

A propos de Juan Garcia Oliver, un article de "La Soli datant de 2007 traduit par Violette Alvarez-Marcos (août 2013)
Solidaridad Obrera, n° spécial en 2007. Soixante dixième anniversaire de la Révolution, événement à l'origine de « El eco de los pasos » de Garcia Oliver Caries Sanz.

Depuis la première édition de « El eco de los pasos », trois décennies se sont presque écoulées. Elle est épuisée depuis quelques années et j'ai rencontré plusieurs personnes (acrates dissimulés, chercheurs, étudiants, professeurs, vieux militants, etc.) à la recherche en librairie et chez les bouquinistes, d'un exemplaire, à n'importe quel prix et même en mauvais état. En effet, il ne s'agit pas d'un livre quelconque de mémoires mais des « Mémoires » comme il a été qualifié même par ses détracteurs. Il est possible que cela soit le seul ouvrage de mémoires sur le mouvement révolutionnaire espagnol, si on le compare à ceux des militants cénétistes historiques (Federica Montseny,  Diego Abad de Santillan, Ricardo Sanz, etc.) qui n’amènent rien de plus que nous ne sachions déjà. Or, il paraît étrange que lors de la parution du livre 1978, il ait été aussi mal accueilli par les militants les plus connus du mouvement libertaire ainsi que par toute la presse confédérale très abondante à ce moment-là. Un examen de ces journaux nous permet de recenser au mieux trois ou quatre articles qui le concernent, c'est à dire pas grand chose, à l'exception du dossier que lui consacra la revue alors influente « Historia libertaria » dans son numéro 4 de mars/avril 1979. Une des premières remarques à faire quant à « El eco de los pasos » est qu'il fut rédigé par Garcia Oliver alors âgé de 78 ans, sans pratiquement aucune documentation -si ce n'est le nécessaire pour combler les trous de mémoire-, à l'exception de ce qui a trait à son étape mexicaine. Voilà pourquoi Garcia Oliver commet des erreurs, que l'on peut comprendre, quant à certains lieux ou dates. Mais je tire mon chapeau devant sa prodigieuse mémoire et la passion dont il fait preuve et qui traverse le lecteur, page après page, lorsqu’il raconte ses expériences. La seconde remarque porte sur la grande capacité qu'il montre en tant qu 'écrivain, à faire un récit détaillé, alerte, agréable à lire et facile à comprendre. Il est temps de rendre hommage ici à l'excellent travail de correction réalisé par son éditeur José Martinez, âme et fondateur de la maison d'édition Ruedo iberico. Une troisième remarque réside dans ce qu'il dit et bien entendu dans ce qu'il ne dit pas. Garcia Oliver n'a pas voulu occulter tout ce qui jusqu'alors avait été censuré même par les propres anarchistes ou traité de façon obscure dans l'histoire de la CNT. En définitive, il ne se tait pas pour critiquer les mythes et les martyrs de l'anarchisme. Le fameux plénum des Locales et Régionales de la CNT du 23 juillet 1936 en est un bon exemple. Ne cherchez pas les comptes rendus, vous ne les trouverez pas . Certains ont pris soin d’empêcher leur parution. Même dans l'histoire « officielle » de la CNT de José Peirats éditée en exil, nous n'en avons pas trouvé trace. Pourquoi ? Entre « s'emparer de tout » et « collaborer », on a choisi cette dernier position. Comment est-il possible que le Congrès de Saragosse se prononce pour la mise en place du communisme libertaire et deux mois après, on y renonce au profit de la collaboration avec la Généralité et peu après avec le Gouvernement central. C'est cet événement qu'aborde Garcia Oliver dans ses mémoires et ce qu'il nous dit, après des années et des années d'activité, c'est qu'à l'heure de mettre en place l'ordre révolutionnaire et devant la décision la plus importante et transcendantale de l'histoire de la CNT, on décida, au nom d'on ne sait quels « principes anarchistes », de prendre un chemin qui conduisit non seulement à la contre révolution, comme prévu, mais aussi à la perte de la guerre et de la révolution. Cette catastrophe monumentale resta occultée en partie grâce à « l 'œuvre constructive » de la base confédérale qui désobéissant, se lança dans la collectivisation de la terre et la socialisation de l'industrie.
L'importance de cet événement révolutionnaire tient au fait qu'il allait déterminer l'avenir de la confédération. Garcia aborde ce thème sans masques, sans accuser quiconque, dénonçant cependant  la tendance libérale, petite-bourgeoise, de certains dirigeants, en particulier ceux qui tournaient autour du dénommé « comité acratie ». Au cours des années, plusieurs historiens et militants de la CNT ont abordé ce thème, alléguant qu'à ce moment-là on ne pouvait peser sereinement tous les arguments favorables ou non à cette résolution. Il est évident que le fascisme était déjà là, pesant de tout son poids et que, comme le dit Peirats, Garcia Oliver avait déjà pointé du doigt le dilemme « ou le communisme libertaire, identique à la dictature anarchiste, ou la démocratie signifiant la collaboration ». Le temps semble suspendu puisque nous continuons encore à spéculer sur le même événement. Le livre décrit un moment de l'histoire de la CNT et du mouvement ouvrier des années vingt et trente, récit peuplée de destins individuels,d'enseignements, d'anecdotes, mais surtout, comme nous le rappelle Rafael de Iniesta « d'une façon d'être, d'agir et de se confronter à la vie », c'est-à-dire de mettre en pratique une idéologie, ici l'anarcho-syndicalisme, non comme une théorie mais comme le projet social d'une société alternative que Garcia Oliver a voulu décrire comme possible. Comment ? A travers un récit du quotidien, au jour le jour. Le livre est teinté d'une tonalité aigre-douce, certains ont pu parler d'aigreur, et il montre un profond ego. Cet égotisme transparaît à plusieurs moments cruciaux du livre, minimisant au passage le rôle des autres. En lisant « El eco de los pasos », il faut savoir séparer le narcissisme de Garcia Oliver de son rôle en tant que travailleur autodidacte, de son orgueil en tant que travailleur intellectuel désireux de démontrer à la bourgeoisie qu'il «  n'est nécessaire ni d'être un bourgeois pour être intelligent ni d'être hypocrite et fausse comme elle l'est ». Cette génération qui par malheur s'acheva en 1939 s'affronta au pouvoir en vue de la création d'une société nouvelle et comme le raconte Garcia Oliver, elle sut profiter des circonstances pour faire la révolution, sûre qu'elle était de la mener à bout.
La violence est un des thèmes importants abordé dans le livre. Tabou dans d'autres mémoires, ce sujet est analysé par Garcia Oliver qui en montre des aspects particuliers : à la fois il trace le portrait de toute une génération et en même temps, il décrit des valeurs qui n'existent plus aujourd'hui. Le travail sur ce thème emporte la conviction de tous ceux qui ont toujours dit que la violence s'était exercée en marge de la CNT et était, le plus souvent, le fait de « groupes violents ». Ce que l'auteur veut nous dire c'est que la CNT ne faisait l'apologie ni du terrorisme ni du « pistolerisme » mais agissait pour défendre la classe ouvrière et se protéger elle-même évidemment. L'exécution de Dato, chef du Gouvernement, décidée lors du Plénum régional de la CNT de Catalogne est un exemple donné par Garcia Oliver. L'auteur nous raconte aussi les actions de groupes comme « Les Solidaires » qui avaient reçu l'aval de syndicats, de fédérations locales et régionales. A ce propos, il suffit de rappeler que le « comité d'action » qui approuva ces actions était constitué de réformistes connus : Pestana, Peiro, Pinon et Marco. Comme cela a été dit à maintes reprises, la réponse à la violence de l'état et du patronat, fut une démarche « organique ». Autre point conflictuel du livre, la dénommée « gymnastique révolutionnaire » présentée par Garcia Oliver qui défend les tactiques et les stratégies définies par la CNT. L'exemple le plus connu est celui du 8 janvier 1933, considéré comme un échec par la CNT elle-même. Ces manifestations de « gymnastique révolutionnaire », selon moi, ne tombèrent pas dans les oubliettes et montrèrent des résultats dans les rues de Barcelone le 19 juillet 1936. Autre thème abordé dans le livre, les relations entre la FAI et la CNT. A maintes reprises ce sujet a été l'objet des critiques des historiens défavorables à l'anarchisme, qui remettaient en cause l'idée d'une CNT dominée par la FAI. Garcia Oliver nie cette situation et sa tendance « anti-organisationnelle » explique qu'il ne l’intègre qu'en 1933. Depuis longtemps, Peirats a dit  que « certaines personnalités qui parlaient au nom de la FAI eurent plus d'influence que nous qui la représentions officiellement ». Il fait naturellement référence à Ascaso, Durruti et Oliver. Pour l'auteur de « El eco de los pasos » le faisme était un principe vital, une disposition idéologique et non une adhésion formelle à une organisation ; ce qui permet de dire que « la FAI échoua totalement ». Luis Andres Edo qui, pendant la période d'exil, eut l'occasion, à plusieurs reprises, de rencontrer Oliver, pense qu'une des plus importantes caractéristiques de son ouvrage réside dans la lecture qui « nous facilite la découverte des profondes différences qui existaient au sein de la CNT et de la FAI. Je ne fais pas référence aux ruptures structurelles mais à une chose plus importante  : les affrontements internes de militants, non seulement à l'intérieur de la structure, mais aussi dans le « Groupe d'affinité» comme « Nosotros ». Au point qu'après le 19 juillet, c'est profondément divisés que les militants abordèrent l'heure de la vérité. Devant cette évidence, il ne serait pas absurde de se demander si cette division ne fut pas la cause de la déviation. Dans ce cas,  cette division a-elle été accentuée par la structuration organique de l'Anarchisme ? ».
Garcia Oliver aborde beaucoup d'autres thèmes comme son passage dans le « Comité de Milices », certainement dissous car il était allé trop loin. Cet épisode est encore peu étudié de façon approfondie; l'autre thème porte sur la collaboration gouvernementale de la CNT-FAI qui, selon Garcia Oliver, se fit en dehors de lui, et les événements de mai 1937, insuffisamment éclairés dans le livre. Selon l'opinion toujours pertinente d'Octavio Alberola « la collaboration gouvernementale fut une contradiction idéologique et une erreur évidente puisque ce sacrifice n'empêcha pas la défaite ». La grande question restée en suspens dans le livre et qu'Alberola se pose aussi, est de savoir si la CNT et la FAI étaient en mesure d'intégrer les autres secteurs du prolétariat dans l'expérience révolutionnaire et de mener plus loin cette orientation. Si cela c'était produit, la collaboration aurait-elle eu lieu ? Garcia Oliver, c'est certain, s'attaque à tout et à tous. Ses critiques de Durruti, de Federica Montseny ou de Diego Abad de Santillan n'ont jamais été remises en cause par ces derniers auxquels naturellement nous faisons référence. D'autres militants confédéraux qui l'ont critiqué, pour la plupart des « anarcho bureaucrates » au service des comités toulousains, n'ont pas été à la hauteur de ce que l'on pouvait espérer d'eux. Une des raisons qui explique pourquoi Garcia Oliver a été la cible de certains militants qui l'on accusé de vouloir maintenir un pouvoir personnel aux dépens de la CNT, réside dans son refus de la politique « des comités » . Il est difficile de pardonner de telles choses à un homme d'action opposé à la bureaucratie. Finalement ce livre est une excellente radiographie des luttes sociales des années vingt et trente ;  il permet d'analyser et de réfléchir à l'histoire de la révolution espagnole et de la CNT racontée par un de ses principaux acteurs. On ne peut nier que cet écrit est teinté d'amertume et fait peu référence à la vie personnelle de l'auteur, peut-être pour ne pas apparaître aux yeux de tous comme un être de chair et de sang. Cependant non seulement « il nous raconte le passé mais  il nous le fait aussi revivre ; il décrit si bien le réel qu'il nous permet de l'imaginer ». Avec ce livre j'ai appris personnellement à analyser l'histoire révolutionnaire d'une façon distincte, différente.

Traduction Violette Alvarez-Marcos


Bonjour, d’outre Pyrénées…
Souci de la vérité historique ou œillères idéologiques ?( janv. 2013)
Tomás Ibañez ancien professeur de l'Université Autonome de Barcelone répond ci-dessous à F. Malverde (voir notre chronique ci-dessous) et remet ainsi depuis Barcelone les pendules historiques à l'heure à propos de Cipriano Méra:

L’admirable Michel de Montaigne dont on ne dira jamais assez la finesse de pensée avançait il y a déjà fort longtemps une idée que Pascal lui reprit lorsqu’il affirma que « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Il y a cependant des vérités qui le demeurent de part et d’autre des frontières et il faut bien de mauvaise foi ou d’aveuglement idéologique pour les nier. Dans son édition de Janvier le Monde Diplomatique publiait un texte de F.Malverde où il était question de la « trahison » dont se serait rendu coupable Cipriano Mera en remettant Madrid aux mains du Général Franco.
 Le moins que l’on puisse dire est que F. Malverde prend certaines libertés par rapport au respect des faits historiques car le fait même de parler de la trahison de Cipriano Mera renvoie très directement au registre des jugements de valeur et à une rhétorique de la disqualification que l’on trouve habituellement dans l’historiographie d’orientation  stalinienne ou simplement philo-PC dès qu’il s’agit de parler de Mera.
Voyons donc quels sont les faits historiques qu’il faut déformer ou passer sous silence pour justifier la politique stalinienne pendant la guerre d’Espagne et calomnier Cipriano Mera, comme le fait Malverde.
 Au début de 1939 l'issue de la guerre ne fait de doute pour personne. La Catalogne est tombée aux mains des troupes franquistes en Janvier et Madrid se trouve assiégé. En  février le général Vicente Rojo le chef de l'Etat-major de l'Armée Républicaine qui est passé en France après la chute de Barcelone, refuse de rentrer en Espagne. Le 27 février les gouvernements français et anglais reconnaissent officiellement le gouvernement de Franco.  Ce même  jour le Président de la République (Manuel Azaña) démissionne et n'est pas remplacé, le chef du gouvernement (Dr. Juan Negrín) parti lui aussi en France rentre en Espagne et publie le 2 Mars un décret qui promotionne  un certain nombre de chefs militaires d'obédience communiste, ainsi par exemple, Enrique Lister est promu au grade de Colonel,  Juan Modesto est élevé au grade de général. L’emprise du Parti Communiste sur ce qu'il reste de l'armée républicaine s’amplifie considérablement.
Dans ces conditions deux camps se dessinent, d’une part, ceux qui veulent prolonger  une guerre dont ils savent pertinemment que la fin est pourtant inévitable et toute proche (le PC) et, d’autre part, ceux qui veulent y mettre fin au plus tôt (tous les autres secteurs, les  socialistes, l'UGT, le mouvement libertaire, etc.).
Le 5 mars, le Colonel Casado communique à Negrín qu'il ne le reconnait plus comme chef du gouvernement et il nomme un Conseil National de Défense qui regroupe tous ceux qui sont partisans de trouver au plus tôt une issue á la guerre. Negrín lui propose une rencontre pour formaliser la passation de pouvoir mais Casado refuse et dès le lendemain Negrín s'enfuit d'Espagne par avion. L'armée républicaine compte avec quatre corps d'armée dans la zone qui entoure Madrid, trois sont commandés par des officiers du PC, un est sous les ordres de Mera. Immédiatement les trois corps d'armée communistes se lancent contre les forces de Casado mais la division commandée par Mera leur fait face et après quelques jours de lutte les combats s'achèvent le 10 mars par la victoire des forces dirigées par Mera. Résultat, le PC n'a pas réussi à prendre le pouvoir politique à Madrid, le 28 mars Madrid rend les armes et la guerre  s'achève.
Que devait faire Mera ? Se ranger sous les ordres du PC ? Il est qualifié de traitre pour ne pas l'avoir fait, et avoir appuyé l'option prise par l'ensemble des forces de gauches á l'exception du PC. Curieusement ceux
qui voulaient continuer la guerre à tout prix n'attendent même pas la fin des combats de Madrid entre les forces aux ordres du PC et celles de Mera pour s'enfuir d'Espagne: la "Pasionaria" quitte l'Espagne le 6 mars
quelques heures avant que ne le fasse Negrín, le fameux lieutenant-colonel Lister quitte l'Espagne le 8 mars en compagnie d'autres dirigeants communistes.
 La question qui demeure est de savoir pourquoi les dirigeants communistes voulaient prolonger la guerre de quelques semaines et prendre le pouvoir politique á Madrid. Une réponse plausible est qu'ils voulaient être en position d'être les négociateurs de la terminaison de la guerre en essayant d'obtenir des contreparties favorables aux intérêts de l'URSS.... Qu'un simple maçon, devenu chef militaire pendant une courte période de sa vie, les en ait empêché explique peut-être leur hargne contre lui.....
Tomás Ibañez
Ancien professeur de l'Université Autonome de Barcelone"
Barcelone Janvier 2013



Cipriano Méra calomnié 73 ans après...
(janv. 2013)


Un “chien de garde” de type nouveau (enfin pas si nouveau que ça, on a reconnu le vieux discours pro-Parti Communiste Espagnol) sévit dans les colonnes du Monde Diplomatique de janvier 2013...
Lire l'article du Monde-diplomatique.fr
En réaction à la chronique du mois précédent dans les mêmes colonnes qui commentait la publication en Français des mémoires de Cipriano Méra aux Editions du Coquelicot, F. Malverde signe une diatribe stalino-révisionniste qui est un modèle du genre. Tour à tour chroniqueur appointé (il signe plusieurs recensions dans le Monde Diplomatique dont une en novembre 2012 sur le même sujet...) et lecteur à l'affut, ce personnage semble ne pas vouloir que paraisse dans ces colonnes un autre avis que “le sien” sur la guerre d'Espagne.
Rien de nouveau par contre sur le fond, le vieux refrain entonné par les communistes depuis Madrid 1939 est répété à l'envi : “Méra est un traitre, Méra est un ...”. Cela sonne comme “Hitléro-troskyste” et autre formule célèbre du même tonneau. Non, ce qui est nouveau, c'est l'offensive des rejetons du stalinisme sur la mémoire de la guerre et de la révolution espagnole. Comme aux lendemains de la Commune, les “communistes de parti” tortionnent cette mémoire afin qu'elle rentre dans leur boutique, qu'elle s'y fossilise et qu'elle s'impose à tous. Il y eut très récemment un précédent qui illustre cette opération de récupération/dévoiement : Le 25 Août 2012, lors des commémorations de la Libération de Paris, les porteurs de drapeaux rouges et noirs voulant célébrer la participation d'anarcho-syndicalistes espagnols ont été arrêté par la police sous prétexe que ces emblèmes n'étaient pas républicains !!! Les porteurs de drapeaux de la République Espagnole présents approuvant l'opération policière et niant la présence d'anarcho-syndicalistes dans les blindés du capitaine Dronne de la colonne Leclerc qui entrèrent les premiers dans Paris... voir réaction de Franck Mintz sur le sujet
On savait les héritiers des gratteurs de photos tckekistes et autres guépéouistes habiles à faire disparaître du cadre qui les gène. Mais c'est plus compliqué avec Cipriano Méra qui, en mars 1939, flanqua aux régiments communistes la raclée qu'ils méritaient après leur liquidation de la Révolution Espagnole. C'est plus compliqué en effet : Méra tient tout le cadre...

A lire aussi l'entretien en 1967 avec Cipriano Méra
Le Coquelicot

Notes de lecture dans le n°44 de la revue A Contretemps (nov. 2012) à propos de : MERA, Cipriano, Guerre, exil et prison d'un anarcho.syndicaliste

L'historiographie libertaire de la guerre civile espagnole éprouva longtemps quelque embarras avec la question de la contribution militaire de la CNT-FAl à l'effort de guerre. Si l'on excepte les épisodes - flamboyants et improvisés - de la lutte armée et des milices de l'été 1936, qui cadrent à merveille, il est vrai, avec l'imaginaire libertaire, elle ne s'intéressa pas beaucoup, une fois passée l'euphorie des premiers temps, à la manière dont les anarchistes s'adaptèrent, le plus souvent à reculons, aux nouvelles lois de la guerre imposées, à l'automne, par la militarisation des milices, Cipriano Mera (1897-1975), haute figure de l'anarcho-syndicalisme madrilène devenu général de corps d'armée, fut sans doute l'un de ceux qui assuma le mieux ce changement de cap sans état d'âme, mais sans se renier. D'où l'importance de ces Mémoires, enfin édités en français, pour comprendre, ou tenter de comprendre, comment s'opéra ce passage entre l' "anarchisme de révolution " et l' " anarchisme de guerre " et, plus précisément, quels furent les enjeux qui le sous-tendaient. Le témoignage de Mera apporte, sur ce point, des éléments de réponse précis en nous instruisant sur la manière dont les militants de la CNT de Madrid acceptèrent, au nom des circonstances et du nouveau cours de la guerre, de transformer leurs milices en unités régulières sous commandement confédéral, mais aussi sur le fait que, ce faisant, ils évitèrent surtout de tomber sous le contrôle des staliniens, leurs pires ennemis, Sur d'autres sujets - la défense de Madrid, la bataille de Guadalajara ou celle de Brunete -, le récit de Mera contribue assez largement à défaire le mythe persistant de l'infaillibilité communiste, qu'il prend assez souvent en défaut. De même, les pages qu'il consacre à l'épisode dit de " la junte de Casado ", soubresaut final et quelque peu pathétique d'une guerre interne au camp républicain qui opposa en permanence pro et anti-staliniens, ont une valeur documentaire exceptionnelle, Le tout est écrit, comme l'indique Fernando Gomez Pelàez en préface d'ouvrage, " de façon simple et concise ", " sans ambages ni circonvolutions, par le vif " et en évitant " les justifications a posteriori ". Il est vrai que Mera avait d'autant moins à se justifier que, avant d'accepter la discipline militaire, il avait été, comme le note son préfacier, « le plus obstiné défenseur de l'autodiscipline révolutionnaire " et, en vain, un fervent partisan de la guerre de guérillas, Quant à sa conception éthiquement intransigeante de l'anarchisme, la suite de son existence militante, discrètement évoquée dans cette autobiographie, prouva à qui en doutait que l'uniforme et les galons ne l'avaient en rien entamée,-J. F.

Reédition fac-similée de l'almanach du Père Peinard 1896/97/98 (2010/2012)
Le Coquelicot qui connaît ses classiques remet le Bon Bougre Emile Pouget dans la course. Foin du langage de l'université conceptualisant l'Anarchie, replongeons dans le langage directe comme l'action du même nom. 8 € pour emmerder sa belle mère catho en lui offrant sous le sapin cet opuscule qui "décrase les boyaux de la tête"... Elle en a sûrement bien besoin. T'as pas de belle mère ? Ben improvise Foutre Dieu ! Et offre le à qui tu veux...

Note de lecture de la Fondation de la résistance sur "Le réseau d'évasion du groupe Ponzan"  [octobre 2010]
lire la note de lecture


Collectivisation -
L'oeuvre constructive de la révolution espagnole
(dec. 2011)
Le Coquelicot - 13 €
Réimpression avec couverture couleurs du texte édité par la CNT espagnole en avril 1937. les collectivisations par ceux qui les ont faites. LE DOCUMENT  sur le sujet...
Après il y eut mai 37 et ses barricades barcelonnaises... On en reparlera bientôt, "Le coquelicot" poursuivant sa fouille archivique minutieuse...

"Le Ferrer" est paru [déc 2009]
Une biographie de ce pédagogue libertaire espagnol fusillé dans les fossés de Montjuich le 13 octobre 1909.
Toujours aux éditions du Coquelicot disponible sur commande ou dans sa librairie préférée où il est référencé sous le titre : Francisco Ferrer i Guardia (1859 - 1909) - Une pensée en action.

Cipriano Mera Sanz / 1897-1975 / De la guerre à l'exil
(septembre 2011)
Clément Magnier - Editions CNT-RP - septembre 2011 - 231 pages - 15 €

Ce livre est une biographie du maçon anarcho-syndicaliste devenu général de l'armée populaire, passé plusieurs fois par la case prison, avant de reprendre comme il le disait lui-même : la truelle.
Après une brève introduction sur les raisons qui l'ont poussé à «  choisir la figure de Cipriano Mera», l'auteur nous embarque illico dans l'Histoire pour nous conter les débuts de l'anarchisme révolutionnaire espagnol au tournant des 19 et 20 ème siècle. On y suit en une cinquantaine de pages la construction d'un mouvement libertaire à laquelle le maçon Cipriano Mera va très tôt participer. Remarquable synthèse de ces années qui vont d'insurrections en congrès, assassinats, grèves et constructions politico-culturelles, amener à « la tourmente de 1936-1939 ».
L'auteur examine sobrement les différentes positions et tendances de cette CNT ( faïstes, trentistes, syndicalistes, anarcho-bolchéviques...) et dépeint le rôle pivot que Méra va jouer recherchant toujours l'unité, avant la guerre, pendant et aussi après, dans l'exil.
On suit ensuite Cipriano Mera dans le processus qui l'amenera à défendre la militarisation des milices et son corrolaire la discipline militaire. Pas de prise de position sur le sujet, mais juste une recherche de compréhension : « Pourquoi ? ». Concomitante  à la participation de ministres anarchistes au gouvernement républicain, la militarisation est en fait quasiment le sujet central de cette biographie, Mera étant devenu général. Une sorte d'engrenage fatal, inéluctable ?
Cipriano Méra ira au bout de cette évolution. Il s'opposera violemment aux communistes et dans l'épisode du coup d'Etat dans le Madrid prêt à tomber de mars 1939, il prendra un sorte de revanche contre ceux qui en mai 37 à Barcelone lancèrent le coup d'envoi de l'assassinat de la révolution espagnol. Figure de héros et de chef de guerre, politiquement controversé dans son propre camp cénétiste, on le retrouvera dans la « postérité de la lutte » en 1968 venu de sa banlieue parisienne sur sa mobylette conseiller les étudiants face aux forces de l'ordre...
L'ouvrage se termine avec une série très intéressante d'annexes courtes qui replacent et actualisent la mémoire, les mémoires de Cipriano Méra. L'une d'elles, un entretien avec Freddy Gomez qui rencontra Méra en 1968 mentionne que les éditions du Coquelicot publieront très prochainement la traduction inédite en français effectuée par le groupe Sacco et Venzetti de la Fédération Anarchiste des mémoires de Cypriano Méra sur lesquelles cette excellente biographie est basée.

Les éditions du Coquelicot


Lire : Solà, « Le réseau d’évasion du groupe Ponzan » [sept 2009]
Ce livre est un hommage à Ponzan Vidal, militant anarcho-syndicaliste espagnol actif dans la révolution de 1936 puis dans la résistance en France pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’auteur retrace, tout d’abord, la vie de Ponzan en Espagne, depuis son enfance jusqu’à son passage rocambolesque à travers les Pyrénées, parmi les derniers combattants antifascistes.
Après le coup d’Etat de Franco, il vit de nombreuses péripéties dans l’Aragon libertaire et sur les barricades de Barcelone, puis intègre un service de renseignement, le SIEP, qui passe les lignes ennemies pour organiser des sabotages, exfiltrer les militants piégés en territoire ennemi et renseigner sur les mouvements de troupe. Ce passage peut paraître facétieux pour un lecteur peu habitué au langage militaire (évolution des lignes de front, mouvement de troupe etc.). Cependant, Téllez Sola développe admirablement l’univers dans lequel les militants anarcho-syndicalistes étaient confrontés en état de guerre totale jusqu’à la Retirada, avec toutes ses renonciations.
Une fois en France, une nouvelle résistance commence à se structurer en réseaux affinitaires et politiques dans les camps de réfugié-e-s. Face aux nazis et à Vichy, Ponzan et ses ami-e-s privilégient l’alliance politique avec certains réseaux liés aux services secrets français qui n’acceptent pas la défaite et surtout les militaires anglais, notamment des aviateurs, qui vont financer le groupe pour le faire sortir, de France. Cette attitude ne sera pas du goût du comité CNTen exil. Pourtant ce réseau d’évasion sera l’un des plus important de l’Hexagone. Le groupe développe, en parallèle des opérations de résistance dans l’Espagne franquiste. La fin est tragique. Ponzan est arrêté et enfermé à la prison Saint-Michel de Toulouse. Le 17 août 1944, il est emmené et fusillé, en catimini, avec 53 autres prisonniers, dans la forêt de Buzet-sur-Tarn. Leurs corps seront livrés aux flammes de la vengeance par la soldatesque nazie, battant en retraite.
L’auteur retrace là l’épopée d’activistes anarchistes qui face à l’adversité sont partagés entre le front social et le front républicain. Téllez Sola, cite à foison des militantes et des militants, compagnons d’infortune de Ponzan, qui sans cet ouvrage seraient restés dans l’oubli de l’histoire officielle. Mais la force de ce livre réside dans cette peinture pleine d’humanité du parcours personnel de Ponzan, rempli d’énergie, de solitude, de renoncements, d’espoir dans le retour anarchiste en Espagne, de haine envers les fascistes comme les staliniens, d’angoisse et d’inquiétude pour les proches, notamment sa soeur.
Jean-Marc Izrine (AL Toulouse), Dans Alternative Libertaire mensuel d'août 2009


AZF : LA FIN D'UN PROCES-SUS... [juillet 2009]

Pour nous, au Coquelicot, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de « solution judiciaire » à la violence combinée de l’Etat et du patronat dans leur souci d’avilir, soumettre et prospérer. Les lois et règlements qu'ils édictent et sur lesquels ils s’assoient ne valent bien que pour le quidam ordinaire.
On nous a présenté ce procès comme un moyen pour les victimes de faire leur deuil, de tourner enfin la page de ce 21 septembre 2001… Tout comme les jours suivant l’explosion, on envoyait des équipes de psy « gérer le traumatisme ». Contrôler, apaiser et finalement faire dériver la colère… vers les tribunaux !
Faute de lutte véritable et noyée dans "la plainte" et les cortèges funèbres qui parcoururent la ville, cette contestation  affadie  participa à la remise en selle des pouvoirs et institutions hiérarchiques partis aussi en quenouille pendant les quelques heures suivant le drame. Ce fut net dans l’Education où "la reprise au plus vite pour montrer qu’on est forts et solidaires" fut chantée sur tous les toits et fit des ravages par la suite sur la santé des élèves et des personnels (problèmes d’audition occultés, dépressions en pagaille etc.).
Alors voilà. Rien de neuf. Le patronat voulait embrouiller les choses pour que l’on sorte de là avec  "La faute à pas de chance" comme explication à l’explosion du Sud de la ville !!!  Pour cela, ils auront tout utilisé, allant même jusqu’à salir la mémoire d’un intérimaire d’origine maghrébine mort aussi dans l’explosion. Cette histoire de caleçons superposés qui protègent les couilles des kamikazes candidats aux vierges paradisiaques !!!  Pourtant l’enchaînement des causes et des effets est connu et prouvé : Un mélange de produits sur un tas de merdes dans un hangar pourri, le tout dans une usine développant la sous-traitance pour faire des économies…  (Voir la synthèse du 4 juin 2009 sur le site de l’association PJCNINA.)
Tout aurait pu être dit en une semaine. Mais il fallait que ça dégouline longtemps manière d’amollir l’ambiance, de se maintenir "dans la plainte" et ainsi noyer la colère sous une rivière de larmes de crocodiles.
Le procès aura peut-être quand même servi à cela (pour ceux qui avaient encore un doute) : démonter les thèses délirantes sur les attentats, attaques de martiens et autres déclenchements d’arcs électriques que les avocats et soutiens salariés du patronat ont tenté de remettre en selle plusieurs mois durant…
Alors maintenant que l’ancien PDG de Total a fait tranquillos son petit tour de prétoire salle Jean Mermoz, que les collabos du patronat de l'association "mémoire et solidarité" vont partir à la retraite et que les cadres de la chimie vont retourner à leurs certitudes scolaires... Quid ?
Trois ans avec sursis sont requis contre l'ancien directeur de la boîte, Serge Beichlin, le jugement aura lieu en novembre...
La sauce chimique continue à se diluer dans le temps comme des journées de grèves rares et éparses qui flitoxent toute lutte véritable...
Alors maintenant ?
Maintenant, la vie est ailleurs.
Pour mémoire Le Coquelicot mettra progressivement en ligne "son dossier" constitué de tout ce qu'il a publié sur le sujet (pages du PISTIL NOIR)...

Sévy
LE SPECTACLE [juin 2009]
Un monsieur, sociologue, de son état, disait vivre, dans une société ,dans laquelle le spectacle est roi, et où, certains,- cherchent dans les yeux de l'autre, le reflet, non de leur propre image, mais de celle qu'il voudraient donner d'eux même.
Donc selon ce monsieur, le paraître primerait sur l'être… Possible, mais ayant fait mes "humanités à l' école  Voltaire (place du Puig à Perpignan) je ne m'aventurerai pas dans l'art, ô combien difficile de la rhétorique
Mes, propos, autrement plus simples, rejoignent, néanmoins sur un point précis ceux de ce monsieur : nous vivons bien dans une société dans laquelle le spectacle est partout, certes, mais il y a le spectacle " fabriqué" et celui qui ne l'est pas.
Car la vie en société est un spectacle permanent, et les lieux de vie, une scène, sur laquelle tout un chacun acteur / spectateur, évolue ; la représentation est, gratuite, il en coûte juste l'effort de regarder autour de soi.
Laissez, vous entraîner, un dimanche matin, par le flux qui vous mènera à la place Cassaynes, lieu culte, dans lequel, des chalands, viennent se ressourcer, prendre un bain de foule, beaucoup plus bigarrée et haute en couleurs que celle qui hante les temples de la consommation.
Foutoir magnifique, dans lequel vous trouverez tout et pas grand chose, pas forcément meilleur, marché, mais la "valeur ajoutée " faite de rapports autres que virtuels, pèse lourd dans la balance.
Lesté d'achats ,que votre âme sœur (ayant des choses à voir, dont l’intérêt vous échappe ), laisse à votre garde non sans les recommandations d'usage, profitez de la pause, devenez spectateur.
Nul besoin d'imaginaire, le spectacle se suffit à lui même, hétéroclite, étonnant, des flux ascendants et descendants réussissent sans heurts majeurs et avec une civilité inhabituelle à se faufiler dans les venelles que sont les chiches espaces "libres" délimités par les étals.
Certains couples, disparates ( selon votre critère forcement subjectif) intriguent, autorisent des  supputations ridicules car chacun sait que question goûts et couleurs...
Le comportement des maris / conjoints amuse, non déterminants quant au choix des achats, souvent la tête ailleurs, et le regard aussi ... Jouent sans rechigner, le rôle du supplétif, bon à tout faire.
Un spectacle de prime abord, insolite, puis, désolant , ramène à une réalité bien moins festive, deux personnes âgées, mari et femme sans doute ; un petit chien, tenu au bout d'une longue laisse, précède le couple et "ouvre" le chemin.
La dame accrochée à la poignée suit à distance, sourire aux lèvres et regard absent, le mari, placé à mi longueur, entre le chien et son épouse, tient la laisse et à distance contrôle l'animal.
Cette image, insolite, dérange, met mal à l’aise ; elle fait pourtant aussi, partie du spectacle qu'est la Vie, dans lequel chacun joue son propre rôle, sans sur jouer pour autant.
De notre "envoyé spécial" à Perpignan

LE COQUELICOT N'EST PLUS EN PAPIER JOURNAL [sept 2008]
Nous ne sommes et n'avons jamais être, seulement, un journal d'expression de luttes. Quelles luttes en effet pourrions nous soutenir, quand la majorité des mouvements vise essentiellement à préserver des situations (des acquis) dont nous percevons bien l'impérative nécessité de les plastiquer mais que par manque de réflexion nous ne savons par quoi ou comment les remplacer. Nous avons conscience que notre mode de vie repose sur la surexploitation de la planète, sur la paupérisation et l'agonie d'une bonne partie de ses habitants et néanmoins il faudrait continuer a défendre ce mode de vie ! 
Nous n'avons pas pu, et le regrettons, donner au Coquelicot l'envergure d'un journal de réflexion (surtout à parution régulière…) et pourtant il y a là un manque cruel : des gens qui réflechissent et s'expriment. Un levain pour des luttes auxquelles on pourrait croire.
 Nous avons décidé d'interrompre la parution du Coquelicot sous sa forme de journal papier, de maintenir l'activité édition et de tenter de sortir des cahiers sur des thémes précis (immigration/émigration : les N.D.P, le travail/salariat : l'aliénation… etc). 
Si d'aucuns se sentent des démangeaisons dans le stylo !
Les Coqs