Suites numériques de la
chronique papier parue de 1995 à 2006...
LES TEMPS CHANGENT -1- (novembre 2011) par Sylvain le momo
Sur Bryan Ferry "Times are changing" de Dylan
Croquis 'sans titre' - Kim Graine
<Toulouse, 14 octobre / 27 octobre 2011
Urgences Psy. hôpital Purpan Avec
Zaoui (Ma Zaougouille, Zaz, Salut la miss, Zou zou),
Djamila (belle
femme de 40 ans qui veut vivre avec moi),
Bendehila, Touriaha, Alias
(Réunionnais de Saint Denis)>
IL y avait longtemps que je n’avais pris un tel shoot. Cela
n’avait rien à voir avec celui que je devais commettre avec Vinc le
patron de l’Aéro pour annoncer une soirée prévue en décembre avec comme
vedette le Père Noël Solidaire et Durable. Avec
mon look de gros Bérurier salace c'était clair que les participants
allaient se demander si le Père Noël serait toujours une sale ordure en
cette fin d’année 2011... Vinc m'avait dit : -
Tout est dans la question, il faut déconner un max. et engendrer
beaucoup d’humour... tu as le physique de l’emploi et la verve de
Coluche... avec toi on pourra ramasser pas mal de tunes pour le secours populaire qui fait affaire avec nous... -
Ne fait pas le con ! lui avais-je répondu. Te gourre pas de secours ! Ne te mets pas en cheville
avec les cathos, je les ai assez sucés ces enfoirés et j’ai
longuement souffert dans ma jeunesse d’être né à Montauban (rapport aux
scandales de pédophilies qu’il y eut dans cette ville entre les deux
guerres et dans lesquels clergé et politiques étaient impliqués). Etait-ce
ce une bonne idée de faire intervenir le Père Noël en cette fin de
règne du capitalisme ? Robin des Bois ne serait-il pas plus indiqué
pour pourfendre le shérif de l’Elysée et pouvait-on lui faire confiance
avant 2012 ? Allait-il lui aussi nous « sarkoniquer »? Mystère et Humble de Garonne.
Magic
Système « Zoulou » passait sur la télé pendant que Zaioui et Djamila
exécutaient une danse arabe à mon intention, chaloupée et enivrante
mais qui avait du mal à me relever de ma cuite chimique en section
fermée. Je pris la clope que me tendait Ben et nous allâmes avec Julien l’infirmier nous en fumer une dans la pièce attenante. Par la vitre, je contemplais Djamila comme hypnotisé, grillant ma cigarette J.B. Ben perçut mon émoi : - C’est une belle femme la sœur, tu as l’air de la kiffer.
La
télé était aux manettes d’Alias et on n'avait droit qu’à des chaînes de
zique. Il n’y avait aucun sociétaire pour mettre des programmes de
merde style TF1 et j’avais négocié qu'au moment des pauses des filles
je sois seul à regarder I Télé et resté ainsi branché sur le spectacle
du monde. - Cette manie Ben que vous avez d’appeler toute les maghrébines vos sœurs... Oui elle me fait kiffer grave Djamila. -
Tu nous as dis hier soir avoir des origines indiennes Philippe... Donc
comme pour toi avec tes congénères des tribus Navajos, Djamila est de
mon peuple et peut être de ma tribu...
Après
leurs arabesques, Zas et Djamila étaient en nage. Zaz commanda deux
carafes de « Strawberry Full » à Lucien l’infirmier fantaisiste qui
leur dit qu’avec ça elle allait décoller. Devant mon air ahuri elle me
dit : Ne t’en fais pas Philippe ce n’est que de la fraise. Mais attention à la fraise ??? Oui, dis-je mais tout dépend comment elles sont cultivées ou de ce que l’on y met dedans... Touriaha s’était réveillé le premier vers 7 heures en me disant : -
Il n’y avait aucune mouche qui volait... Heureusement car j'avais une
érection monumentale et en éjaculant comme un vulgaire D.S.K. je
l’aurais scotchée contre un mur. Mais
Zaouauia l’avait devancé à 6 heures et Touriaha n’avait pas remarqué sa
présence. Il rougit d’avoir pu faire une connerie aussi lamentable
devant elle. Zouzou, la belle trentaine, sourit et dit : - Les hommes ne voient pas les femmes se lever. Et se tournant vers moi : - Tu comprends Philippe, chez nous la femme se lève à 4 heures du matin pour préparer la gamelle du mari. Encore une histoire de religion, lui répondit-je...
Djamila,
la quarantaine mure, visage parfait, nez aquilin, chevelure au henné et
aux formes légèrement rondes, acquiesça en souriant. Elle leva les yeux
vers moi en sirotant son «strawberry» et d’un regard doux et plein de
promesses elle enfonça sa chourmia dans mon corps comme les griffes du
Lion pénètrent dans celui de la Gazelle. Sauf que là ce n’était pas signe de mort, mais la porte ouverte à d’infinies voluptés. - Tu ne crois pas en dieu, dit Djamila qui avait tout retenu de la conversation avec Zouzou. Je
crois plutôt aux dieux qui ont été des hommes bien vivants et que les
petites gens sous la houlette de malins experts, les prêtres, ont créés
pour juguler leur peur. Regarde-les : Jésus Christ dans ma religion,
Mahomet dans la tienne, Jehova chez les Juifs, Mathieu Ricard (Heu non
! Merde ! Sidahartha chez les bouddhistes... Ricard étant leur
commercial actuel), sans parler des animistes et des indiens
d’Amériques... Le visage de Djamila devînt grave : - Tu
me fais rigoler Philippe. Tu te crois quoi : athée, agnostique ? Tout
ceux que tu viens de citer ne sont que des prophètes, Dieu est unique
comme le livre même s’il est apparu selon les civilisations sous des
formes divergentes et le dernier livre est bien le Coran. Gasp
!!! Ses arguments étaient aussi béton qu’un discours de Tarik Ramadan,
je ne m’avisais pas à la contredire et contournait l'obstacle. Je pris
sa main, son pouls battait fort, et lui dit : Remontre-moi
ce pendentif que tu as trouvé dans la rue avant que les trois Skins du
F. haine ne t’agressent et ne veuillent t’embarquer dans leur voiture.
Tu nous as dit qu’il t'avait protégée et t’avait permis de hurler
malgré le fait que tu étais morte de trouille (Les flics, le SAMU ont
débarqué pendant que les Skins se barraient fissa dans leur caisse go
fast...) Après un léger questionnaire dans le camion de Police, le SAMU
t’a prise en charge et tu t’es trouvée avec nous ici avec ton talisman.
Au
bout d’un moment, je reconnus ce Talisman, il ressemblait à celui que
j’ai vu dans la panoplie Navajos de ma grand-mère et qu’elle utilisait
pour la divination. Il me paraissait parfaitement identique. J'étais ému, je commençais à l’appeler Djam dans ma tête, le signal que toutes mes barrières lâchaient... Djamila
s’allongea sur la banquette auprès de moi, me demanda si elle pouvait
mettre sa tête sur mes genoux. Elle prit ma main et l’enfonça dans ses
cheveux. Je n’en demandais pas tant et cela me procura une érection
qu’elle dût bien sentir... Elle me sourit. J’essaya d’avoir l'air digne
pas celui du mec qui va bientôt la rejoindre dans sa chambre... (ce qui
était d'ailleurs formellement interdit.) -Tu
vois Zouaouai qui nous regarde d’un air tendre presque à la limite de
la larme au coin d’un œil sorti de «feug de l’amour», il y a des choses
qui se passent en ce moment... Est-ce à cause des alignements des
planètes au-dessus de nous ? -Tu
nous fais chier avec ça Philippe, c’est simplement Dieu dit-elle me
serrant le sexe dans la main d’un air gourmand et se lançant dans un
éclat de rire communicatif. -C’est ma tournée de «strawberry », dit Lucien l’infirmier ludique. Je
compris que cela allait être ma fête et qu’une nouvelle vie s’ouvrait à
moi. Il allait falloir que je m’accroche, que je donne du meilleur de
moi-même et que je ne déçoive pas cette belle et jeune femme (16 ans de
moins que moi ! Quand même...)
Sylvain le momo
LE
SPECTACLE [juin 2009]
Un
monsieur, sociologue, de son état, disait vivre, dans une société ,dans
laquelle le spectacle est roi, et où, certains,- cherchent dans les
yeux de l'autre, le reflet, non de leur propre image, mais de celle
qu'il voudraient donner d'eux même.
Donc selon ce monsieur, le
paraître primerait sur l'être… Possible, mais ayant fait mes "humanités
à l' école Voltaire (place du Puig à Perpignan) je ne
m'aventurerai pas dans l'art, ô combien difficile de la rhétorique
Mes,
propos, autrement plus simples, rejoignent, néanmoins sur un point
précis ceux de ce monsieur : nous vivons bien dans une société dans
laquelle le spectacle est partout, certes, mais il y a le spectacle "
fabriqué" et celui qui ne l'est pas.
Car la vie en société est un
spectacle permanent, et les lieux de vie, une scène, sur laquelle tout
un chacun acteur / spectateur, évolue ; la représentation est,
gratuite, il en coûte juste l'effort de regarder autour de soi.
Laissez,
vous entraîner, un dimanche matin, par le flux qui vous mènera à la
place Cassaynes, lieu culte, dans lequel, des chalands, viennent se
ressourcer, prendre un bain de foule, beaucoup plus bigarrée et haute
en couleurs que celle qui hante les temples de la consommation.
Foutoir
magnifique, dans lequel vous trouverez tout et pas grand chose, pas
forcément meilleur, marché, mais la "valeur ajoutée " faite de rapports
autres que virtuels, pèse lourd dans la balance.
Lesté d'achats
,que votre âme sœur (ayant des choses à voir, dont l’intérêt vous
échappe ), laisse à votre garde non sans les recommandations d'usage,
profitez de la pause, devenez spectateur.
Nul besoin d'imaginaire,
le spectacle se suffit à lui même, hétéroclite, étonnant, des flux
ascendants et descendants réussissent sans heurts majeurs et avec une
civilité inhabituelle à se faufiler dans les venelles que sont les
chiches espaces "libres" délimités par les étals.
Certains
couples, disparates ( selon votre critère forcement subjectif)
intriguent, autorisent des supputations ridicules car chacun
sait
que question goûts et couleurs...
Le comportement des maris /
conjoints amuse, non déterminants quant au choix des achats, souvent la
tête ailleurs, et le regard aussi ... Jouent sans rechigner, le rôle du
supplétif, bon à tout faire.
Un spectacle de prime abord,
insolite, puis, désolant , ramène à une réalité bien moins festive,
deux personnes âgées, mari et femme sans doute ; un petit chien, tenu
au bout d'une longue laisse, précède le couple et "ouvre" le chemin.
La
dame accrochée à la poignée suit à distance, sourire aux lèvres et
regard absent, le mari, placé à mi longueur, entre le chien et son
épouse, tient la laisse et à distance contrôle l'animal.
Cette
image, insolite, dérange, met mal à l’aise ; elle fait pourtant aussi,
partie du spectacle qu'est la Vie, dans lequel chacun joue son propre
rôle, sans sur jouer pour autant.